Les ghilman, la montée en puissance des Turcs dans le Califat abbasside (Première partie)

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« Les sédentaires sont habitués à la paresse et au bien-être. Ils sont plongés dans le confort et le luxe. Ils chargent de défendre leurs biens et leur vie le gouverneur de la garde. Ils se sentent en sécurité derrière leurs remparts et leurs fortifications. Aucun cri de guerre, aucun appel de chasse ne vient les déranger. Ils sont confiants et sans souci et ne portent plus d’arme. Des générations (ajyâl) ont vécu de la sorte. Ils sont devenus comme les femmes et les enfants, qui dépendent du chef de famille. Finalement ce trait de caractère (acquis) a remplacé le naturel. »

Ibn Khaldoun, Al-Muqaddima, II-5

 

La rapidité et l’ampleur des conquêtes arabes après la révélation coranique (610) est encore aujourd’hui source d’étonnement. Les Arabes commencent à s’aventurer hors d’Arabie à l’époque du deuxième calife Omar (634-644).

Le califat au moment de la mort d’Omar (644)

En dix ans les cavaliers arabes conquièrent la Syrie, la Mésopotamie, la Perse et l’Égypte et mettent à genoux les empires pluriséculaires sassanide et byzantin, qui se trouvaient néanmoins affaiblis à cette époque. Les conquêtes continuent à un rythme rapide pendant les règnes d’Osman et d’ Ali et sous les Omeyyades (661-750). En 750 les Arabes sont présents à la fois en Espagne et en Transoxiane, dans l’actuel Kazakhstan.

Les Omeyyades ne s’appuient alors plus seulement sur des guerriers arabes, les Berbères en Occident et les Iraniens en Orient participent grandement à l’expansion territoriale de l’Islam.

En effet après la rapide expansion des premiers siècles de l’Islam, les Arabes se détournent des activités guerrières. Préfèrent profiter de leurs terres et de leurs rentes (système du diwan).

Le pouvoir avait également des difficultés à contrôler l’armée, divisée entre différentes factions parfois opposées au calife.

Ainsi la pratique de la guerre se trouva confiée à des esclaves-soldats recrutés aux marges de l’Empire.

Ces esclaves sont appelés ghilman (au singulier : ghulam), un terme venu du persan et passé en arabe signifiant « serviteur » ou « esclave ». Le terme arabe de « mamelouk » est synonyme et devient par la suite plus populaire. Ce sont généralement des esclaves blancs par opposition aux esclaves noirs, plus souvent employés au service domestique. Si ces derniers sont recrutés en Afrique, les Mamelouks sont essentiellement recrutés parmi les Turcs d’Asie centrale, notamment les Kïpchaks (Coumans).

Les Turcs étaient alors réputés dans le monde musulman pour leurs prouesses martiales.

« Aucun peuple au monde n’est plus brave, plus fort, plus résistant »

Accoutumés aux privations, à la rudesse du climat et aux combats dès leur enfance, les conditions de vie de la steppe ont en effet fait des Turcs d’excellents combattants. Ils sont généralement utilisés comme cavaliers.

A partir du VIIIème siècle que le nombre des ghilman devient très important et que de nombreux Turcs commencent à obtenir des postes importants dans l’Empire. Sous le règne du calife Al-Mu’tasim le recrutement de Kïptchaks devient systématique, la garde personnelle du calife se compose de plusieurs milliers d’esclaves-soldats turcophones.

La présence des soldats turcs à Bagdad, alors capitale du Califat abbasside, est mal acceptée par la population et des heurts entre les habitants et les étrangers ont lieu.

Al Mu’tasim décide alors de créer une nouvelle capitale de toutes pièces pour lui et ses soldats, Samarra.

Minaret en spirale de la grande mosquée de Samarra.

 

Cette ville se trouve à une centaine de kilomètres au nord de Bagdad. Des quartiers réservés aux esclaves militaires y sont créés afin d’éviter les mélanges avec la population civile.

 

En plus de leurs qualités militaires les Turcs se révèlent également d’excellents administrateurs. Les Mamelouks deviennent si puissants dans l’Empire qu’en 861 ils n’hésitent pas à mettre à mort le calife Al-Mutawakil. Cet assassinat marque le début d’une période de troubles qui voit les chefs turcs se disputer le pouvoir entre eux en soutenant différents prétendants au califat. Une armée turque assiège même Bagdad en 866 pour placer son candidat Al-Mutazz sur le trône aux dépens de son frère Al-Muntasir.

Si la montée sur le trône d’Al-Mutamid en 870 met fin à l’anarchie, le Califat est néanmoins entré dans une phase de déclin et les mouvements sécessionnistes deviennent de plus en plus puissants. Cela profite notamment aux ghilman turcs, comme l’illustre le cas d’Ibn Tulun en Égypte.

 

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